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La presse

Excentrique met le vin en musique et sur un transat !

Le festival de la Région Centre a demandé à deux compositeurs de retranscrire trois grands crus de Chinon sur partitions. Un étonnant défi à déguster tant par les papilles que par les tympans.

Fidèle à son esprit créatif, le festival Excentrique qui fait étape ce soir à Chinon a souhaité faire se rencontrer les arts et les savoir-faire. Et cela passe en terre viticole par un trait d’union entre le vin et la musique.
Le concept de l’initiative aussi « excentrique » que le nom du festival, consistait donc à demander à deux musiciens de composer à partir des sensations procurées par trois vins. Après un choix très cornélien et difficile, Michel Bismut et Arnaud Bertrand, deux amis complices et complémentaires, ont planché sur des productions de jeunes viticulteurs en pointe dans l’appellation.
Laure Dozon, Jean Martin Dutour et Jérôme Billard ont accueilli les deux compositeurs qui se sont imprégnés, du vin à n’en point douter, mais aussi de l’ambiance du domaine, de ses bruits et même de la personnalité de leurs hôtes.
Michel, le contrebassiste et Arnaud, créateur de sons sur ordinateur, ont ensuite travaillé pour créer trois pièces musicales inspirées par chacun des vins et son environnement et intitulées « la part des anges ».

Le spectacle
Vins et musique : La part des ange

Extraits musicaux


Le résultat a le charme des jeunes vins, avec de la fougue et une foule d’impressions qui se bousculent dans votre tête.  (...)
Chacun des trois morceaux est écouté en dégustant un verre de la cuvée inspiratrice. Une manière peu banale de découvrir des univers aromatiques et musicaux qui se font écho l’un l’autre. Une sorte de « concerto pour papilles et tympans » comme le nomme Christophe Blandin-Estournet, directeur du festival.

Composé à la fois de viticulteurs et de responsables locaux, le public de la première, mardi soir, a plutôt apprécié, le décryptage de leurs intentions fourni par les musiciens à l’issue du concert en a en plus favorisé la compréhension. De toute manière les crus choisis avaient toutes les qualités requises.

Le Domaine de la Roncée 2005 avait inspiré une rythmique douce pour sa rondeur et des bruits de source rappelant celle qui coule dans les chais de Jean Martin Dutour. Le Clos du Saut au Loup 2004 a emmené les compositeurs sur des airs festifs et ensoleillés décrivant bien le vin de Laure Dozon. Avec, en clin d’œil, des bruits de porte qui grince comme dans ses chais. Quant au cru des Blancs Manteaux 2004 de la Noblaie, il avait fait voyager les deux musiciens par son mystère, sa richesse en devenir, auxquels Michel Bismut et Arnaud Bertrand ont mêlé des accents new-yorkais et le caquètement d’une poule, allusions aux rêves américains de Jérôme et à la campagne de Ligré.

Des choix, des univers musicaux originaux, mais la perception d’un vin n’est-elle pas unique pour chaque dégustateur qui ressent à travers ses goûts, son vécu ? En cela d’ailleurs le vin rejoint l’art et justifie cette initiative originale. Donc par la même « excentrique ».

Patrick Goupil - La Nouvelle République du Centre Ouest - 12 juin 2007
Michel Bismut s'offre un poème intersidéral

"On a vu les étoiles danser. Sur la voûte céleste du planétarium, l'espace scintille de mille feux tandis que, dans l'obscurité complète de cette nuit artificielle, une contrebasse déclame des poèmes rythmiques et mélodiques

Michel Bismut joue en solo à Galilée. C'est inédit. Original. Spécial. Mieux, c'est spatial.

Entendons-nous bien, il s'agit d'un concert, pas d'une illustration musicale pour un spectacle astral. En l'occurrence, il faut inverser complètement la proposition : les images générées en direct par les opérateurs de Digistar sont un accompagnement de la musique serpentine et aventureuse du contrebassiste. Une sorte de "bande-images", comme on dit "bande-son" pour un film. Libre donc à chacun de fermer les yeux quand il l'entend, dès lors que ses oreilles restent déployées, comme quelque radiotélescope ultra sensible.

Ainsi préparé, l'auditeur peut embarquer pour un voyage musical d'un peu plus d'une heure. Tantôt frappées pour marquer le battement sensible de cette machine à découdre l'espace, tantôt caressées d'un archet pour en tisser la toile ouvragée, les cordes de la contrebasse de Michel Bismut sont le narrateur de ce songe d'une nuit d'étoiles.

Dans ce qui s'apparente à du lointain, le murmure d'une fontaine, la rumeur d'une foule, le chant des oiseaux ou les nappes synthétiques évoquent le souvenir de cette terre à l'attraction de laquelle on croit s'être soustrait. Et tout autour, les astres anonymes de danser une somptueuse sarabande répétitive et hypnotique.

On connaissait le space-opera en science-fiction, ses vaisseaux intersidéraux, ses mondes lointains, ses merveilles extraterrestres. On vient de découvrir le space-concerto. On a hâte de redécoller pour une nouvelle exploration."

Jérémy Bernède - MIDI LIBRE - 12 mars 2005